J’ai effectivement perdu quelques plumes l’an dernier. Le monde de l’enseignement s’est avéré être très différent de ce à quoi je m’attendais. Mes quatre années d’études universitaires m’avaient bien mal préparée à affronter les défis de la réalité.
J’ai été formée en didactique et en pédagogie, pas en gestion. Or, je me suis rendue compte que plus de 70% de mon travail consiste à gérer des réunions, gérer de la paperasse, gérer des suivis d’élèves, gérer des appels de parents, etc, etc. L’enseignement et la préparation de mes cours en tant que tel occupe bien peu de place dans mon horaire. Mais ça, on ne nous en parle pas à l’université. On passe quatre ans à apprendre à accomplir 30% de notre tâche! Le reste, faut l’apprendre sur le tas. En plus de ça, on nous apprend à travailler à partir de l’ancien programme quand la réforme est bien présente dans nos écoles. Et nous, on paie plus de 2000$ par année pour ça. Dégueulasse.
Donc, moi, je me pointe au travail, munie de mon «beau» diplôme et mon idéalisme et je frappe un méchant mur.
Ajoutons à ça que je tombe dans une école où une guerre de tranchées fait rage entre la direction et les profs permanents de l’école. Ces dernier sont tellement occupés à essayer de faire ch*er nos supérieurs qu’ils ne portent absolument pas attention aux précaires qui tentes de s’intégrer à l’équipe. En fait, ils m’auraient bien aimé si j’avais embarqué d’emblée dans leur superbe bataille. Ben oui, je suis conne moi. Je suis une enseignante précaire en début de carrière et je vais me mettre direction à dos. Je tiens à ma job moi!
Au moins, je n’étais pas la seule précaire dans l’école! Donc, mes super collègues permanents ont passé l’année à essayer de se servir de nous pour épaissir leur dossier contre les patrons. De son côté, la direction de méfiait des profs qui parlaient trop aux représentants syndicaux. Aberrant. Moi qui pensais que les profs étaient solidaires entre eux et qu’ils aideraient la petite nouvelle. Belle épaisse que je suis, c’est vraiment du chacun pour soi. C’était leur «cause» avant tout.
Bref, l’ambiance au quotidien était horrible. Puisque je ne cotoyais pas la direction à tous les jours, je pense que les autres profs y étaient pour beaucoup. La direction n’était pas du tout parfaite, mais au jour le jour, ce sont mes collègues qui m’ont empoisonné la vie dans la salle des profs. Il y avait des jours où j’avais besoin d’un coup de pouce et on me tournait le dos en me disant de prendre un congé pour montrer que l’atmosphère de l’école était invivable.
Finalement, ma tâche laissait plutôt à désirer. Trois groupes de doubleurs qui composaient des groupes dits réguliers. Dans les faits, il s’agissaient de groupes d’adaptation scolaire déguisés. Ces élèves avaient un retard académique tellement grand que la partie était perdue d’avance et les jeunes s’en sont rapidement rendu compte. Le contenu de mon coursde math, qui était d’ailleurs extrêmement épuré, les dépassait complètement. Ils étaient incroyablement turbulents et irrespectueux. J’ai tenu le coup grâce à des collègues (précaires, mais avaient quelques années d’expérience de plus que moi) qui leur enseignaient également. Ces collègues avaient les mêmes difficultés que moi en classe. À la fin de l’année, plus de 60% des élèves échouaient au moins une matière de base.
Donc voilà! Ma première année fut un véritable enfer. J’ai passé par toute la gamme des émotions et j’ai failli tout lâcher à quelques reprises. En bout de ligne, j’ai décidé de tenter ma chance pour une deuxième année à cause d’une poignée élèves qui m’ont chaudement remiercié de les avoir accompagnés et supporté toute l’année. Selon leurs dires, ils n’auraient pas réussi sans moi. J’ai donc quitté cette école avec ces commentaires en tête et j’ai tenté de prendre du recul au cours de l’été.
Au mois d’août, je me suis présentée à la scéance d’affectation remplie d’optimisme à la recherche d’un contrat intéressant. Soyez cependant assurés d’une chose : il était hors de question que je choisisse un poste dans la même école que l’an dernier!